Réunion observatoire de la résistance RFSA – en visioconférence
Compte-rendu GT RAARE 27 mars 2026
Groupe Résistance aux Antiparasitaires Animaux de Rente et Equidés
RESAPAR memo et decision des objectifs 150426 CR réunion GT RAARE 27 mars 2026
Réunion du 27 mars 2026 de 14h00 à 17h00 en visioconférence consacrée à la surveillance de la résistance aux anthelminthiques chez les herbivores
PROPOSITION DE COMPTE-RENDU
En début de réunion, Philippe Jacquiet a présenté en quinze minutes le contexte général et les objectifs de cette réunion (voir diaporama associé à cette réunion du 27/03/2026).
Les points suivants ont été rappelés :
- Les situations de résistance voire de multirésistance aux anthelminthiques se multiplient, a minima dans les filières de petits ruminants et d’Equidés
- La thématique de la résistance aux antiparasitaires est maintenant mieux prise en considération que par le passé. Cela s’est traduit entre autres par l’élargissement du plan EcoAntibio3 aux antiparasitaires et par le financement de plusieurs projets de recherche lors des AAP 2024 et 2025 (citons par exemple, sans être exhaustif, les projets EverestDicro, FluoIndic, Diagram, Drive ou Malis)
- Par ailleurs, cette thématique a bénéficié ces dernières années d’autres financements qu’ils soient européens (projets ICRAD Anthelmogram et Hartemis), nationaux (F2E ANTHERIN, F2E Genopar, CASDAR Preserve) ou régionaux (NA Paralut et NA Harizona). Ces projets ont favorisé l’émergence d’une dynamique nationale regroupant plusieurs équipes de l’INRAE, de l’ANSES, des Ecoles Nationales Vétérinaires Françaises auxquelles se sont jointes les forces et les compétences de la SNGTV et de l’AVEF.
- La publication en 2025 du rapport du CGAAER intitulé « Impacts de la résistance aux médicaments antiparasitaires sur les animaux en France » dans lequel les experts du CGAAER ont formulé les recommandations suivantes : i) l’amélioration de notre connaissance sur la prévalence des résistances aux antiparasitaires dans les différentes filières et ii) la mise en place d’un réseau national de surveillance de la résistance aux antiparasitaires et de ses impacts. Le CGAAER précise que ce réseau devrait être porté par « des équipes indépendantes et scientifiquement légitimes» et qu’il faudrait « prioriser son action sur les espèces chez lesquelles des résistances sont régulièrement suspectées ».
L’objectif de la réunion est d’initier la réflexion sur la mise en place d’un observatoire de la résistance aux antiparasitaires. Cet observatoire pourrait s’inspirer du réseau RESAPATH de surveillance de l’antibiorésistance qui fonctionne depuis de nombreuses années et d’un projet de réseau de surveillance de l’antibiorésistance dans la faune sauvage qui a été lauréat de l’AAP 2025 du plan EcoAntibio3. Dans le dernier cas, il s’agit de poser les bases et la preuve de concept d’une surveillance de l’ABR dans la faune sauvage.
Un premier tour de table permet de vérifier que tous les participants à la réunion partagent ces constats et la nécessité de voir émerger un observatoire des résistances aux antiparasitaires qui pourrait comporter les quatre étapes classiques des réseaux de surveillance : collecte des données, centralisation et validation des données, gestion et analyse des données et enfin, diffusion de l’information.
- Préciser les objectifs du réseau de surveillance de la résistance aux antiparasitaires
Dès le début de la réunion, Mickaël Treilles pose la question des objectifs que l’on souhaite assigner à ce réseau de surveillance nationale de la résistance aux antiparasitaires (AP).
Souhaite-on évaluer la prévalence des résistances aux AP et suivre leur évolution dans le temps ? détecter l’apparition d’une résistance en particulier dans une filière en particulier ? poursuivre la confirmation des suspicions de résistance qui « remontent du terrain » comme c’est le cas dans les projets passés ou actuels ?
Dans le premier cas, il faudra mettre en place une surveillance active sur échantillon représentatif, dans le second cas, centrer la surveillance sur une famille de molécules en particulier et enfin, dans le troisième cas, il s’agirait de poursuivre les travaux d’investigation des suspicions de résistance, tels que pratiqués aujourd’hui, quelle que soit la molécule.
La question est complexe car les objectifs peuvent ne pas être identiques selon les filières considérées. Ils peuvent également sensiblement différer selon les participants potentiels à ce réseau.
Enfin, il faut arbitrer le niveau de précision de l’information que l’on souhaite récolter. Dans l’idéal, il s’agirait de répondre aux questions suivantes : qui résiste ? (quelle espèce), à quoi ? (quel antiparasitaire) et où ? (quelle zone du territoire national) et ainsi, pouvoir cartographier les données générées par le réseau tout en collectant des informations de contexte de chaque exploitation (conduite d’élevage, mise en œuvre des traitements antiparasitaires…).
- Définir une méthodologie et des outils
2.1. Méthodologie de la surveillance
Doit-on mettre en place une surveillance active ? une surveillance passive ? ou une surveillance mixte ? Sur quelle population cible ?
Au cours de la discussion, il a été précisé que si l’on veut évaluer une prévalence de la résistance des parasites à une molécule en particulier, on ne peut pas avoir recours à la seule surveillance passive, qui génère une information très précise chez une toute petite frange d’éleveurs particulièrement sensibilisés ou bien suivis par leur vétérinaire praticien.
2.2. Les outils de la surveillance
La question des outils de surveillance a également été abordée lors de la réunion et a fait l’objet de très nombreux commentaires et suggestions.
Pour le moment, le test le plus employé pour détecter la résistance aux API en élevage est le test de réduction de l’excrétion fécale (TREF) post-traitement. Il est rappelé que l’analyse coprologique chez les herbivores a fait l’objet récemment d’une norme AFNOR U47-850, parue en 2025 et que les méthodologies d’analyse proposées dans la norme peuvent être maintenant déployées dans les activités de ce réseau.
Le TREF a fait l’objet d’une révision des guidelines de la WAAVP en 2023 (Kaplan et al., 2023), il est maintenant bien codifié, sa réalisation et son interprétation très encadrées. Plusieurs intervenants ont fait part de leur questionnement sur l’utilisation en pratique, à grande échelle, du TREF tel que défini par Kaplan et al. (2023). Lourd à mettre en place en élevage, il risque fort d’être un repoussoir pour les éleveurs et les vétérinaires praticiens et d’aboutir in fine, à l’effet inverse de celui souhaité, à savoir renoncer à l’exploration de l’efficacité d’une ou de plusieurs molécules en élevage.
Plusieurs participants à la réunion soulignent que des adaptations et des simplifications sont nécessaires pour rendre le TREF plus facile à mettre en place et moins onéreux pour l’éleveur sans pour autant perdre (trop) en précision et en sensibilité de détection de la résistance. De plus, certains d’entre eux ont déjà expérimenté des évaluations d’efficacité en élevage à l’aide de coprologie de mélange par exemple. Toutefois, le recours à d’autres outils de détection, sans passer par les tests contraignant d’efficacité en élevage, faciliterait grandement la détection des résistances.
Récemment, deux tests de détection de la résistance aux drogues aux effets paralysants ont été proposés et évalués : un test de mobilité larvaire (ALMA haut débit) (voir projet EcoAntibio 2025 Diagram) et un test de motilité larvaire avec enregistrement automatique sur un appareil appelé WormMicroTracker (Petermann et al., 2025). Les deux tests nécessitent une étape préalable de coproculture pour faire évoluer les œufs émis dans les matières fécales en larves infestantes, matériel sur lequel est appliqué ensuite le test de mobilité ou de motilité. Ces tests présentent l’avantage de ne pas avoir besoin de recourir à des traitements en élevage pour évaluer la résistance, ce qui évite une pression de sélection supplémentaire sur les populations de parasites.
Enfin, la caractérisation moléculaire de la résistance a été évoquée lors de la discussion. Elle est disponible pour les benzimidazoles et pourtant très peu utilisée sur le terrain en dehors de quelques études académiques. Elle devrait être possible pour la résistance au lévamisole mais reste encore très hypothétique pour les lactones macrocycliques car le déterminisme génétique de la résistance à cette famille d’antiparasitaires reste mal compris.
Laurent Dravigney insiste sur les retombées pédagogiques que pourrait avoir un tel réseau, permettant de rendre facilement accessibles tout un ensemble d’informations disponibles, à destination des éleveurs, des conseillers d’élevage et des vétérinaires praticiens.
- L’usage et le volume des médicaments antiparasitaires pourraient-ils être un objet de la surveillance ?
Nathalie Bridoux a soulevé la question de la pertinence d’une surveillance des usages de médicaments antiparasitaires vendus dans notre pays à l’instar de ce qui se fait pour les antimicrobiens (Calypso Vet). Matthieu Delannoy de la DGAL a souligné les difficultés pratiques qu’une telle mesure engendrerait dans l’immédiat. Selon lui, le projet de surveillance de la résistance est le bon outil pour améliorer les pratiques de traitement antiparasitaire.
- Proposition d’un projet de preuve de concept d’un dispositif de surveillance de la résistance aux antiparasitaires à l’AAP EcoAntibio 2026.
La discussion sur les objectifs, la méthodologie et les outils ayant pris une place importante lors de la discussion, Philippe Jacquiet a tenté une synthèse en fin de réunion dans la perspective de proposer un projet de preuve de concept d’un dispositif de surveillance de la résistance aux antiparasitaires à l’AAP 2026 du plan EcoAntibio3.
Ce projet pourrait comporter deux volets :
L’objectif du premier volet serait d’analyser les premières données existantes. Lors de la discussion, plusieurs intervenants (sans être exhaustif Gilles Bourgoin, Nathalie Menudier, Xavier Chatenet) ont rappelé que des informations existent sur la résistance aux anthelminthiques dans notre pays. Elles émanent de structures et de projets différents. A ce stade, aucune initiative de synthèse et d’analyse de ces résultats n’a été entreprise et cela pourrait être une première partie de ce projet. Ces enquêtes présentent des biais importants comme le recrutement d’éleveurs volontaires ou bien faisant face à des suspicions de résistance mais ces informations existent et mériteraient d’être analysées et présentées. Une première cartographie des résistances à l’échelle nationale pourrait ainsi être établie en précisant, quand l’information est disponible, quelle espèce de parasite porte cette résistance.
Le second volet du projet concernerait la mise en place d’une surveillance de la résistance aux anthelminthiques (preuve de concept) qui pourrait soit prendre la forme d’une étude de prévalence de la résistance à une famille d’anthelminthiques dans une filière choisie soit d’organiser une surveillance passive dans plusieurs filières à l’échelle nationale.
La réunion s’achève sur l’énoncé de ces deux points. Il est convenu de recueillir les avis argumentés des participants à cette réunion sur les objectifs du projet, aussi bien sur le premier volet (accord/désaccord/abstention) que sur le second (choix entre surveillance active, surveillance passive voire mixte).